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Peut-on avoir du charisme quand on est con comme une truite ?

11 octobre 2026 par
Peut-on avoir du charisme quand on est con comme une truite ?
Geneviève Smal
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Oui. 100 fois oui ! 

Et c’est bien ça, le problème.


On aimerait croire que quand on est ébloui par quelqu'un, c’est parce qu’il possède un certain nombre de qualités : intelligence, compétence, profondeur, culture, capacité de réflexion…

Mais hélas, les choses ne sont pas aussi simples.

Parce que si on peut être intelligent et parfaitement transparent dans une pièce, on peut également être complètement stupide et captiver vingt personnes.

C'est dommage, mais le charisme ne mesure pas ce qu’une personne a dans la tête. Il mesure d’abord l’effet qu’elle produit sur les autres.

Et quand quelqu’un nous impressionne, nous avons vite fait de confondre cet effet avec les qualités qu’il possède réellement.

Il a quelque chose… (Ah, ce fameux "quelque chose" qu'on entend si souvent !)

Il doit être brillant.

Il doit savoir de quoi il parle.


Il suffit parfois que votre interlocuteur parle avec beaucoup d’assurance pour que nous lui prêtions des qualités qu'il n'a pas.

Alors, bon sang, pourquoi sommes-nous si facilement séduits par une certitude spectaculaire plutôt que par une intelligence nuancée ?


Il en impose, donc il en a dans la tête ?


Une personne est drôle : on la trouve intelligente.

Elle parle avec assurance : on la croit compétente.

Elle occupe l’espace : on lui prête du leadership.

Elle répond rapidement : on suppose qu’elle maitrise son sujet.


Prenez ce gars que l’on croise parfois dans les diners entre amis. Il a un avis sur tout, parle avec un aplomb incroyable, enchaine les anecdotes et les formules brillantes.

La guerre en Ukraine ? Il vous explique comment régler le conflit en quinze jours, avec trois mesures de "bon sens" auxquelles, curieusement, personne n’avait pensé.

Tout le monde l’écoute, fasciné par tant de connaissances.

Jusqu’au moment où quelqu’un qui connait vraiment le sujet lui pose une question précise.

Et là, notre expert devient beaucoup moins clair. Il répond à côté, change de sujet, sort une plaisanterie ou se lance dans une longue explication pour brouiller un peu les pistes.

Et si son interlocuteur insiste, il peut même devenir franchement désagréable et sarcastique.

Paf : une truite !

Il ne manque pas de réponses. Il manque d’arguments.


La certitude est beaucoup plus spectaculaire que l’intelligence


La nuance est parfois franchement mauvaise en communication.

Elle dit : "Ça dépend", "Je ne suis pas sûr", "Il faudrait vérifier", "C’est plus compliqué que ça"…

La certitude, elle, fait beaucoup moins de manières.

Imaginez un débat sur l’immigration. Le premier intervenant évoque les enjeux économiques, les obligations internationales, les difficultés d’intégration, mais aussi les parcours de ceux qui fuient leur pays et les inquiétudes légitimes des populations qui les accueillent. Il nuance, distingue, reconnait la complexité du problème.

Le second a manifestement moins de difficultés. Il suffit de fermer les frontières et de renvoyer ceux qui n’ont rien à faire ici.

Voilà. Des décennies de débats réglés en quarante secondes !

Et pourtant, lequel des deux vous aura donné la plus forte impression de maitrise ?

Bien sûr, nuancer ne signifie pas avoir raison, pas plus qu’affirmer ne signifie avoir tort.

Mais est-on convaincu·e parce que l’argument est solide ou parce que la personne qui le prononce a l’air elle-même convaincue ?


Quand on gratte un peu les écailles de la truite…


Quand on gratte, on découvre parfois un personnage assez différent de celui qui nous avait tant impressionnés.

Il raconte très bien, mais il explique mal. (Le storytelling, c'est son truc !)

Il affirme, mais argumente peu.

Il a toujours une formule, rarement une idée nouvelle.

Il sait séduire une salle, mais supporte très très mal la contradiction.

Il répond très (trop) vite aux questions auxquelles il n’a manifestement pas réfléchi.


Que devient alors son charisme lorsqu’on cesse d’être impressionné et qu’on commence à lui répondre ?

Il suffit parfois de quelques phrases très simples :

  • Qu’est-ce qui te permet d’affirmer ça ?

  • Pourquoi ?

  • Je ne comprends pas ton raisonnement.

  • Je ne suis pas d’accord.

Et là, observons ce qui se passe.

Certains répondront : "Bonne question", "Je n’en sais rien", "Je n’avais jamais pensé à ça" ou même "Tu as peut-être raison".

Et paradoxalement, ils ne perdent rien de leur charisme. Ils en gagnent.

Parce que derrière l’assurance, on découvre quelqu’un capable de réfléchir, de douter et de remettre ses idées en question.

D’autres, cependant, deviennent agressifs, condescendants, ironiques. 

Ils détournent la question, ridiculisent leur interlocuteur ou l’attaquent personnellement.

Si la réaction à la contradiction ne dit pas tout de l’intelligence d’une personne, elle en dit parfois long sur son rapport aux autres, à ses certitudes et à sa propre importance.

Et si ce que nous prenions pour du charisme était parfois simplement une position dominante ?


Philippe est-il charismatique ou est-ce que tout le monde a simplement renoncé ?


Depuis vingt ans, notre beau-frère Philippe, à la stature imposante, refait le monde à chaque diner de famille. Et on peut dire qu'il prend de la place. Il a un avis sur tout, qu’il exprime généralement plus fort que les autres. Il coupe la parole, distribue les certitudes et ne manque jamais une occasion de ridiculiser celui qui aurait l’imprudence de ne pas être d’accord avec lui.

Avec le temps, tout le monde a appris.

  • Laisse tomber.
  • Tu sais comment il est.
  • Ne lance surtout pas Philippe là-dessus.

Résultat : Philippe dispose d’une assemblée qui ne le contredit pratiquement jamais.

Vu de l’extérieur, cela ressemble beaucoup à du charisme : il parle, les autres écoutent.

Mais ils l’écoutent peut-être simplement parce que personne n’a envie de se farcir quarante minutes de Philippe contrarié.


La répartie comme antidote à l’éblouissement


Nous participons aussi au phénomène. Parce que le charisme ne repose pas seulement sur celui qui impressionne, mais aussi sur ceux qui se laissent impressionner.

Alors, la prochaine fois que quelqu’un vous en impose, posez-vous quelques questions.

Qu’est-ce qui m’impressionne exactement ?

Son raisonnement ou son assurance ?

Ses idées ou sa manière de les raconter ?

Sa compétence ou son statut ?

Et surtout, est-ce que je trouve réellement ce qu’il dit brillant ou est-ce que je n’ose simplement pas lui répondre ?

Car la répartie n’est pas seulement l’art de trouver une phrase drôle lorsqu’on vous envoie une pique.

C’est aussi la capacité à rester intellectuellement debout devant quelqu’un qui impressionne.

Pas besoin d’une formule extraordinaire ni d’un argumentaire fouillé.

Parfois, il suffit de demander :


Ou, pour les jours où l’on se sent d’humeur un peu plus taquine :

Ces quelques mots peuvent suffire à changer la dynamique de l’échange.

(Et si vous en avez vraiment marre, le "Philippe, la ferme" est très efficace mais risque de nuire profondément à votre relation.)

On cesse d’être le public de l’autre pour redevenir un interlocuteur.

Et c’est souvent à ce moment-là que l’on découvre ce qu’il y a réellement derrière le spectacle.


Alors, peut-on avoir du charisme quand on est con comme une truite ?


Évidemment.

Mais ce n’est peut-être pas la question la plus intéressante.

Le véritable test du charisme n’est pas la capacité d’une personne à nous impressionner. 

C’est ce qu’il reste de son charisme quand nous ne sommes plus impressionnés.

Et certaines truites, une fois qu’on leur demande simplement :

  • Pourquoi ?

… redeviennent très rapidement de tout petits poissons.


Bonnes contradictions !

Geneviève

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Geneviève Smal 11 octobre 2026
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