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"Hystérique !"

En un mot, c'est plié : vous êtes folle.
14 juin 2026 par
"Hystérique !"
Geneviève Smal
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Savez-vous comment certains médecins de l'Antiquité expliquaient l'anxiété, les malaises, les crises émotionnelles ou les comportements jugés excessifs chez les femmes ?

Par un manque de rapports sexuels. Un manque de "semence masculine".

Ils pensaient qu'un utérus privé trop longtemps de relations sexuelles ou de grossesse devenait instable, se mettait à errer dans le corps et provoquait toutes sortes de troubles.

Cette théorie, très pratique pour les hommes, moins pour les femmes, a laissé derrière elle un mot toujours vivant : hystérie.

Le vrai choc n'est pas que les Grecs aient cru à cette théorie il y a 2 500 ans.

Le vrai choc est que nous utilisons encore aujourd'hui comme insulte un mot directement issu de cette théorie.


Bref retour sur les dégâts occasionnés par cette appellation au cours des siècles



On aurait pu croire que tout cela appartienait au passé. Après tout, l’hystérie a disparu des classifications médicales modernes.

Mais les dégâts qu’elle a produits et produit toujours sont bien réels.

Pendant des siècles, l’étiquette d'"hystérique" a servi à expliquer ce qu’on ne comprenait pas, ou ce qu’on ne voulait pas écouter. Des douleurs, des malaises, des traumatismes (à la suite d'une agression sexuelle, par exemple) ou des maladies ont été ramenés à une même explication : la femme exagère, somatise, perd le contrôle.

Un résultat parmi d'autres : des retards de diagnostic. Ce qui pouvait être une endométriose, une crise d’épilepsie, un trouble neurologique ou une souffrance traumatique devient parfois une "crise d’hystérie".

L'"hystérique" n’est pas seulement une femme supposément malade. C’est aussi une femme dont la parole devient suspecte.

Une femme qui proteste ? Incontrôlable.

Une femme qui pleure ? Trop émotive.

Une femme en colère ? Excessive.


Dans les affaires de violences, ce mécanisme est particulièrement dangereux : l’attention se déplace des faits vers la victime. On ne regarde plus seulement ce qui lui est arrivé, mais comment elle réagit, comment elle parle, si elle paraît crédible, calme, cohérente, "raisonnable".

On l’a vu dans certaines affaires très médiatisées, de Marie Trintignant à Amber Heard en passant par les victimes de Patrick Bruel et les tonnes d'autres prédateurs sexuels : une partie du débat public finit parfois par porter moins sur les violences que sur la personnalité, le comportement ou la supposée instabilité de la femme concernée.

C’est cela, le vrai héritage du mot : une habitude très ancienne qui consiste à regarder l’émotion des femmes comme une preuve contre elles.

La question n'est plus : "Que s'est-il passé ?"

Mais : "Pourquoi réagit-elle comme ça ?"


La discussion quitte le terrain des faits pour s'installer sur celui de sa personnalité. 

À force d'être renvoyées à leur supposée sensibilité, certaines femmes finissent par s'autocensurer : elles adoucissent leurs propos, prennent davantage de précautions et hésitent à exprimer leur désaccord.

Le contrôle exercé de l'extérieur devient progressivement un contrôle exercé sur soi-même. C'est sans doute l'effet le plus durable de cette disqualification.

Si le sujet vous intéresse, je vous conseille chaudement l'ouvrage de Pauline Chanu :

"Sortir de la maison hantée : comment l’hystérie continue d’enfermer les femmes"



Pourquoi répondre ?


Lorsqu'on vous traite d'"hystérique", la tentation est souvent de ne rien dire. Pour éviter le conflit. Pour ne pas envenimer la situation. Pour ne pas montrer que l'insulte vous atteint. Et aussi pour éviter de répondre avec colère, ce qui risquerait d'ajouter de l'eau au moulin de votre interlocuteur. "Ah ben tu vois !"

Pourtant, l'objectif n'est évidemment pas de prouver que vous n'êtes pas hystérique. Ce serait accepter le terrain qu'il vous impose.

Lorsqu'une personne en est réduite à qualifier une femme d'"hystérique", elle montre surtout qu'elle préfère discréditer son interlocutrice plutôt que répondre à ce qu'elle dit.

Avoir une réponse prête "au cas où", c'est donc bien plus qu'une question de répartie. C'est refuser de se laisser intimider par l'insulte. C'est ne plus la redouter. C'est oser s'exprimer à nouveau, sans passer son temps à surveiller ses émotions ou à les édulcorer.

Et si ça vous chante, c'est aussi revendiquer le droit de parler avec toute la colère, l'indignation, l'enthousiasme ou la passion que la situation mérite.

Trois bonnes façons de ne pas laisser passer


1. Commencer par bannir le mot


On ne traite plus personne d'"hystérique". Jamais.

J'ai pris l'habitude de conseiller aux personnes qui l'utilisent pour qualifier une patiente, une élève, une voisine, une ex... d'aller se nettoyer la bouche à l'eau de Javel.

Ne le faites pas !!! C'est une image. C'est juste pour marquer le coup. 😉

En général, ça fait rire et la remarque fonctionne très bien.


2. Remettre les pendules à l'heure


Lorsqu'on regarde les conséquences concrètes des émotions mal maîtrisées : violences, agressions, homicides, viols... ce sont massivement les hommes qui apparaissent dans les statistiques.

Comme le rappelle Lucile Peytavin dans Le coût de la virilité, les hommes représentent 99 % des auteurs de viols, 97 % des auteurs d'agressions sexuelles, 90 % des personnes condamnées par la justice et 86 % des auteurs d'homicides.

Autrement dit, lorsqu'une émotion se transforme en violence, en passage à l'acte ou en destruction, elle est très majoritairement masculine.

La question mérite donc d'être posée : comment en est-on arrivé à associer l'irrationalité émotionnelle aux femmes alors que les comportements les plus dangereux liés à une mauvaise gestion des émotions sont, eux, massivement le fait des hommes ?


3. Répondre sans se justifier


Le piège consiste à vouloir prouver qu'on n'est pas hystérique.

Un bon réflexe consiste à montrer la faiblesse du procédé.

Et il y aussi d'autres techniques pour réagir : autodérision, sarcasme, fausse citation... faites-vous plaisir.

Quelques idées de répartie quand votre collègue, partenaire, père, boss, quidam vous traite d'hystérique : 

  • Tu n'as rien trouvé à répondre sur le fond ?
  • C'est votre argument ou votre diagnostic ?
  • Vous répondez toujours aux femmes comme ça ?
  • Attends, je vais chercher mes sels de bain et mon corset. 
  • Charcot et Freud seraient fiers de toi. 
  • Vous voulez qu'on fasse une pause pour vous laisser trouver un argument ? 
  • Il ne vous manquait plus qu'un diagnostic de sorcellerie.
  • Sorcière ou hystérique ? J'essaie de savoir à quel siècle on joue
  • Attendez, je vais me calmer avec un peu de semence masculine. 
  • Je vais noter ça dans mon dossier médical : "a exprimé un désaccord". 
  • Attendez de me voir quand je perds patience pour de vrai.
  • Vous êtes facilement impressionnable, non ? 
  • Oh non, là c'est rien. Tu ne pas pas vue quand je regarde un match de foot !
  • Respire, Jean-Paul, ce n'est qu'un désaccord .
  • C'est Voltaire ou Descartes qui disait : "Quand une femme a raison, traite-la d'hystérique" ? Je ne sais plus.


Comment répondre à hystérique


Comment répondre à hystérique


Parcourez les témoignages et les petites histoires de la page Takattak sur Facebook ou Instagram : vous y trouverez de nombreuses idées de réponses.

Pensez à vous entraîner. La répartie, ça se muscle, ça s'exerce, ça s'affûte.

Geneviève

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"Hystérique !"
Geneviève Smal 14 juin 2026
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