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Se taire pour éviter le conflit ? Mauvais calcul.

9 avril 2026 par
Se taire pour éviter le conflit ? Mauvais calcul.
Geneviève Smal
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Il y a quelques jours, j’ai partagé sur Instagram et Facebook un témoignage qui m’avait été rapporté.

Une scène de classe, malheureusement banale en apparence. 
Un commentaire particulièrement déplacé. Une répartie. C'est le principe.
Le voici ci-dessous : 


Après la publication, les réactions n’ont pas tardé.

Certaines (beaucoup !) très positives. 

D’autres plus critiques : 

  • Ce n’est pas aux filles de se défendre. 
  • Il faut éduquer les garçons, pas entrainer les victimes.
  • On inverse les responsabilités. 
  • L'école se décharge complètement !
  • Etc.

Voir le post

Face à des propos sexistes, Laura répond enfin.

Ces réactions sont naturelles : c’est la première idée qui vient.

Pourquoi demander aux filles de se défendre, alors qu’il serait tellement plus simple de régler le problème… du côté des garçons ?

Mais elles passent légèrement à côté de ce qui s’est réellement joué dans cette scène.

Certes, la remarque de Laura n'a pas tout réglé : 

Non, elle n’a pas mis fin au sexisme.

Non, elle n’a pas transformé miraculeusement un adolescent en modèle de respect.

Mais elle a produit quelque chose de beaucoup plus précis :


Elle a déplacé - brièvement - le rapport de force.


“Ce n’est pas aux victimes de s’adapter”


À ce stade, une objection surgit presque mécaniquement :

- Ce n’est pas aux filles de se défendre. Il faut éduquer les garçons !

Sur le principe, difficile de faire plus consensuel.

Qui serait contre l’idée d’éduquer ?

Mais cette réponse a un angle mort assez confortable.

Elle évite soigneusement la question suivante :

 👉 Que fait-on, concrètement, demain à 10h, quand ça recommence ?


Éduquer, oui. Mais pendant ce temps-là ?


L’éducation est un levier lent. Nécessaire, mais lent.

Or les situations de domination, elles, sont rarement patientes.

Elles s’installent vite, testent les limites, s’ajustent.

Dire “il faut éduquer” sans outiller ceux qui subissent revient, dans les faits, à leur demander d’attendre.

Poliment, si possible. Sans faire de vagues.


Le pouvoir, c'est comme une tache d'huile.


Si on ne fait rien, elle s'étend.

Les études (et vous en aurez certainement fait l'expérience) montrent que plus une personne peut agir sans contrainte, plus elle devient désinhibée, impulsive, centrée sur elle-même. Dacher Keltner "The Power Paradox"


Á cela, Adam Galinsky (Université de Columbia) ajoute un détail utile : le pouvoir réduit la capacité à se mettre à la place des autres. Tiens donc...

Autrement dit : si on ne fait rien, ça s'aggrave.


Le silence n’apaise pas, il autorise


On aime penser que ne pas répondre, c’est éviter l’escalade.

Parce qu’on suppose que le problème commence... au moment où quelqu’un réagit.

C’est une vision très très optimiste des rapports humains.

  • Tu piques ma place de parking au boulot... je ne dis rien. 👉 Pas de conflit.

C’est parfois vrai. Pas toujours.

Des expériences bien connues (souvenez-vous de Milgram) montrent à quel point des individus ordinaires, (vous, moi...) peuvent aller loin… tant que personne ne dit stop. Pas par cruauté exceptionnelle. Par absence de limite.

La domination dans les relations s’installe : par petites touches et rendues possibles par l’absence de résistance explicite.


Parce qu'on sait très bien et l'histoire le prouve : "la soif de conquête augmente avec les victoires"

  • Tu piques ma place de parking au boulot... je ne dis rien.  👉 Pas de conflit. 
  • MAIS...
  • Aujourd'hui, tu t'installes à ma place au bureau. 
  • Demain tu me demanderas de faire ton boulot...

Répondre n’est pas forcément contre-attaquer avec virulence


Apprendre à répondre ne consiste pas à devenir plus agressif que l’autre, pour le mettre à plat. Ni à distribuer des punchlines.

Il s’agit d’une compétence beaucoup plus sobre : rendre une limite visible.

Cela peut passer par :

  • une remarque
  • une question
  • un décalage
  • ou parfois, oui, une phrase bien envoyée

Pas pour “écraser".

Mais pour éviter que la situation ne s’installe comme allant de soi.


Ce que cette scène a vraiment changé


Revenons à la classe.

Ce jour-là, le garçon n’a pas changé.

Le système non plus.

Et il est probable que les tensions aient continué.

Mais quelque chose s’est fissuré :

L'idée qu'on pouvait dire n'importe quoi, sans conséquence.

Et ça, contrairement aux apparences, ce n’est pas anecdotique.


Faux dilemme, vrai problème


Opposer deux idées : éduquer les agresseurs ou apprendre à répondre revient à poser un faux choix.

L’une agit sur le long terme.

L’autre dans l’instant.

Se priver de la seconde au nom de la première, c’est un peu comme refuser un parapluie sous prétexte qu’il faudrait régler le problème du climat.

L’intention est louable.

L’efficacité, plus discutable.


Entre principe et réalité


Dans un monde idéal, personne n’aurait besoin d’apprendre la répartie (sauf pour le jeu ou le plaisir des mots)

Dans le monde réel, ne pas savoir répondre revient souvent à laisser les autres définir les règles de l’échange. Et à leur laisser du lest.

Apprendre à répondre ne corrige pas tout.

Mais cela évite au moins une chose : laisser l’autre décider de ce qui est acceptable.


Et pour Laura ?


La première fois qu’on répond, qu'on ose fixer une limite, il ne se passe pas seulement quelque chose à l’extérieur.

Il se passe quelque chose à l’intérieur.

On découvre :

  • Qu’on peut intervenir. 
  • Qu’on peut interrompre. 
  • Qu’on peut exister autrement que dans la réaction ou le retrait.

C’est souvent discret. (Au début, on n'ose pas trop...)

Mais c’est un point de bascule.

À partir de là, il devient plus difficile de revenir complètement au silence.

Et pour les autres aussi, quelque chose change :

celle qu’on croyait sans voix vient de montrer qu’elle avait un bouton “stop”.


Et les conséquences ?


Répondre ne garantit pas que la situation va s’apaiser, bien sûr.

Il est possible que cela provoque une réaction, une tentative de reprendre la main, voire une escalade.

Mais ne pas répondre n’est pas neutre non plus.

Cela laisse le comportement s’installer, se répéter, parfois s’intensifier.

Autrement dit, il n’y a pas d’option sans risque.

Il y a seulement des choix différents :

laisser la dynamique suivre son cours,

ou tenter de l’interrompre.


Et vous, vous réagissez ou vous laisser couler ?
Je vous ai concocté un petit quiz de 12 questions pour vous tester.

À envoyer aussi à quelqu'un qui refait toute la scène sous la douche 🚿

et trouve LA réponse parfaite… trop tard 😄

Quiz




Au plaisir de vous lire et d’échanger avec vous,


Geneviève

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Se taire pour éviter le conflit ? Mauvais calcul.
Geneviève Smal 9 avril 2026
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